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Un arc triste

Soit La jeune fille aveugle, de Milliais :

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John Everett Millais (1829-1896) La jeune fille aveugle,

    Une jeune fille aveugle, vétue pauvrement, est assise sur un talus bordant un chemin tracé au travers de prairies pentues ; ses cheveux roux sont recouverts d’un châle semblable à un voile de Madone ou de Véronique; sa main droite saisit la tige d’une fleur des champs; sur sa jupe rapiécée, un petit accordéon permet d’imaginer qu’elle gagne sa subsistance en sollicitant la charité des passants ; elle est accompagnée d’une fillette, qui se tourne vers l’horizon haut situé, contemplant un double arc-en-ciel jailli du sommet de la colline coiffée de maisonnettes et de bosquets. La jeune aveugle ne peut voir l’arc-en-ciel ; du soleil elle ne perçoit que la chaude caresse sur son visage qu’elle expose, les paupières closes sur ses yeux morts.

   La Fille aveugle commencée à l’automne 1854 fut achevée deux années plus tard et exposée en 1857, couronnée par l’académie de Liverpool attribua son prix annuel à Millais: l’on raconte qu’à la veille de l’inauguration, un de ses familiers possédant quelques connaissances en matière de météorologie fit remarquer au peintre que les couleurs du second arc n’étaient pas conformes à l’observation, reproduisant le premier alors qu’elles devaient en  être le reflet inversé ; à la hâte Millais dû rectifier son travail avant l’inauguration. La moindre brillance du second arc est cependant respectée. Que l’infortuné Harry Fenn n’eut-il pas donné pour avoir à ses côtés un ami suffisamment instruit pour rectifier à temps le second arc hérétique qui surplombe ses Chutes du Niagara !


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   La composition de la Fille aveugle a été rapprochée d’une illustration gravée d’Otto Vaenius, ou van Veen, (1556-1629), l’un des maîtres de Rubens, qui vers la fin de sa vie produisit des recueils d’emblêmes, en particulier Amoris divini emblemata, publié en 1615, qui met en scène l’amour divin sous les traits d’une sorte de Cupidon ailé et auréolé; la gravure dont il est question est intitulée Superna respicit, réunissant les symboles du soleil, de la fleur du Tournesol, classée par Santiago Sebastian dans le groupe des emblêmes de la unitive life. Le but de la manœuvre est d’illustrer les concepts d’unité et d’ubiquité de l’amour divin et de l’âme, un garçonnet figurant le premier, une fillette la seconde.

    Ford Madox Brown considérait la Fille aveugle comme « un tableau religieux et glorieux», avis partagé par Dante Gabriel Rossetti pour lequel c’était « l’une des choses les plus émouvantes et parfaites » qu’il connaissait. Pour Ruskin, partisan de Millais de la première heure, « le décor est un assez vaste morceau de paturage déchiqueté, ragged, et au bord d’un chemin passant la jeune fille aveugle est assise afin de se reposer. C’est une simple mendiante, ni poétique ni vicieuse, se reposant simplement, non tant qu’elle soit fatiguée mais parce que le soleil est réapparu après une averse, et que l’odeur de l’herbe est agréable. »

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Mary Young Hunter, The Bow in the Cloud,1906

    Si la filiation de la Fille Aveugle et de Superna respicit peut-être discutée, elle ne saurait être contredite à propos du tableau de Mary Young Hunter, The Bow in the Cloud présenté à la Royal Academy en 1906. Très probablement Mary Young Hunter connaissait l’œuvre de Millais au travers de l’exposition qui avait eu lieu en 1898 rassemblant les œuvres des préraphaélites à l'exposition d'hiver de la Royal Academy ; en outre elle aurait pu s’inspirer d’une photographie de la Fille aveugle pendant qu’elle peignait sa propre toile : la composition est inversée, en miroir, mais les deux personnages assis sur un talus, l’arc-en-ciel, le paysage en pente ascendante et les quelques maisons à l’horizon, les proportions mêmes des personnages et la position des repères principaux en particulier de la ligne d’horizon font du second un plagiat éhonté du premier.
    Il nous semble que la gravure d'Otto Vaenius pourrait avoir inspiré un autre peintre, Jan Siberechts,

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Jan Siberechts deux bergères endormies


On lira l'histoire des préraphaélites, mouvement pictual auquel appartenait Millais, dans les Chroniques de l'arc-en-ciel.




Date de création : 03/08/2008 : 02:50
Dernière modification : 11/10/2008 : 03:27
Catégorie : Solutions du Petit Jeu : echos
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